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Zapping

Phénomène de société et signe des temps nouveaux, le zapping – ce nomadisme effréné entre les chaînes - est devenue une pratique courante, une manière d’être. Comment expliquer le nouveau comportement du téléspectateur contemporain, cette incapacité de choisir une émission et de la suivre du début à la fin, s’intégrant à son forum, assistant à son récital ou vivant les péripéties de ses œuvres de fiction ? Est-ce que cette « infidélité» chronique s’inscrit dans nos mutations sociétales, le système de réseaux et la structure éclatée, fragmentée et segmentaire qui la définissent et l’émergence de l’homme pressé qui la caractérise ?


D’ailleurs, le monde des médias s’y est prêté à cette évolution et l’a anticipée. La scène/écran, originellement agora, forum, salle de spectacle, et classe politique, culturelle, et scolaire, privilégie désormais la culture des apparences, l’éphémère, le hâtif et parfois l’insignifiant : Exigence de ce phénomène de mode, les récitals, les opéras, les chefs d’œuvre du théâtre et du cinéma, les grands débats sont de plus en plus délaissés au profit des clips, des feuilletons confectionnés à la va vite, des pseudos télé-réalités, des bêtissiers de toutes sortes, sinon des programmes ambitieusement crétins. Remarquons, par honnêteté que certaines productions permettent de sauver la mise. Elles constituent des exceptions par rapport aux nouvelles pratiques de «l’agir communicationnel[1]».

Est-ce que la furie du zapping révèle le détachement des téléspectateurs, des attitudes critiques ou même l’affirmation d’une liberté ? Certains agissent, peut être ainsi. J’en conviens. Mais pour beaucoup des téléspectateurs, le saut des chaînes permet de passer de Charybde en Scylla, puisque le choix s’opère volontiers entre les icônes de la chanson, de la presse et de la culture de l’establishment médiatique dominant.

Curiosité inassouvie, insatisfaction existentielle ou incapacité de prendre son temps, le zapping révèle, sans doute, l’état d’être de l’homme contemporain, la présence hâtive et peut-être le primat de ses mouvements d’humeur et la quête des symptômes, en relation avec le rythme accéléré du monde et ses instruments de vitesse le SMS, l’émail et autres instruments de flashs.

Difficile gageur, comment retrouver, désormais, le temps de voir et de regarder, d’entendre et d’écouter, de rechercher des repères et de s’imposer des moments de pauses et de réflexion ? Comment échapper au mode zapping, alors que tout concourt à son institution, parmi les jeunes et, hélas, désormais parmi les moins jeunes et je ne dirais pas plus, par respect des aînés.

Le chroniqueur


[1] - Nous empruntons le concept à Jürgen Habermas, dans son analyse récente : Une époque de transition (écrits politiques 1998 – 2003). Paris, Fayard, 2005.

Posté par chronique, 15 Octobre 2005 18:14 | Le qotidien | Commenter (2) | Permalink | Trackbacks (0)

Commentaires
Zapping | Jedidi Hamadi | 27/11/2005 17:04 | Répondre

Le zapping télévisuel n'est à mes yeux qu'un reflet d'une société qui se cherche, pour les uns faute de repères précis, à la quête d'un meilleur, et pour d'autres la course à la quantité ingurgitée de peur d'un manque ? ou pour assouvir une faim plus grande ?
Le zapping correspond à la tendance actuelle de la course contre le temps, de la recherche de l'éphémère, du fugitif et du provisoire qui a gagné l'économie (la valeur d'une entreprise n'est plus la perennité, mais ses titres cotées au jour le jour, emplois intermittents, voire intérimaires ) la communication avec le téléphone portable qui sonne impérieusement à tout moment ou n'importe quel moment car il est urgent de dire à l'un comme à l'autre que le soleil s'est levé ce matin, (car qui sait pour après-demain ?) de la mode qui n'est plus saisonnière mais bi-hebdomadaire (ZARA, H&M et autres enseignes nouvelles l'ont adoptée) et ainsi va la vie en roue libre.
Mais en fait où allons-nous si vite ? Bon, je vous laisse car j'ai un mail urgent à envoyer....

Le zapping | saloua mahmoud | 21/10/2005 06:13 | Répondre

Je ne pense pas vraiment qu'il s'agisse d'un signe de liberté à moins (là je vais entrer dans un volet philosophique mais ce n'est pas le moment)que liberté ryme avec frivolité ou instabilité d'esprit ou insatisfaction permanente. Logiquement, cette panoplie de choix nous permet, grâce encore une fois aux technologies de la communication, de faire un tour d'horizon via les magazines relatifs aux programmes prévus et qui nous permettent d'être au courant du déroulement de telle émission sur telle chaîne ou telle autre et c'est au télespectateur de fixer son choix. Je ne dis pas qu'il est obligé d'aller toujours jusqu'au bout de ce qu'il regarde si la chose s'avère inadéquate par rapport à ses goûts. Je pense à mon humble avis qu'il s'agit d'abord d'une instabilité d'esprit (qui me dérange énormément lorque la chose se passe sous moi toit) soulignant une imprécision dans les choix, un sprint pour ne rien rater quitte à ce que cela soit par bribe, une insatisfaction de tout ou un intérêt à tout, n'importe comment "le robinet est toujours ouvert" sans base solide de réflexion motivant certains choix et ciblant certaines chaines pour certaines émissions ! ce que j'aimerais connaître c'est la plus value culturelle ou autre obtenue par cette façon de faire ?

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