Éléments d'autocritique
Sous l’effet de la révolution
technologique, l’homme serait passé "de l’écrit à l’oral". Ce
raccourci doit être nuancé, sinon remis
en question. Depuis la découverte de l’écriture, l’homme conjugue ces
différents instruments de communication. Leur niveau d’usage diffère, bien
entendu, selon les périodes, les aires
de civilisation, les composantes sociales et les catégories d’âge. L’apparition
de la radio, de la télévision, du computer, a bien sûr favorisé l’oralité de la
communication et de la sociabilité. Mais l’écriture reste le vecteur essentiel
du fonctionnement de ces instruments. Ainsi perçus, ils constituent les relais
en images de la communication. Peut-on concevoir un feuilleton radiophonique ou
télévisuel sans script, un film sans scénario et un computer sans clavier … Et
d’ailleurs, il s’agit, dans tous les cas, d’outils de transfert phonétique.
La mutation médiatique et informatique
induit des malentendus de générations sinon des querelles entre "les
anciens et les modernes". Les "pères" et assimilés, les adultes
tous azimuts, reprochent à la jeunesse
l’abandon de la lecture, qu’ils dotent volontiers d’une certaine mystique et d’une
certaine sacralité, dont les attributs embrassent, dans le cadre d’une
exclusivité absolue, la formation, la culture et le loisir intellectuel. Est-ce
à dire qu’on a affaire à un processus "d’analphabétisation générationnelle",
bloquant "l’apport de la pensée", freinant l’évolution
culturelle ? N’exagérons pas. Toute civilisation a ses moyens de
communication, de culture, de réflexion et de dialogue. Notre culture
technologique postmoderne n’échappe pas à la règle. Elle privilégie l’usage de ses outils et
accessoires. Faut-il s’en offusquer ! Ramenons les choses à leurs justes
proportions, en faisant valoir la
concordance entre toutes les œuvres de l’esprit, dans leurs différents moyens
d’expression.
Une "démythologisation" est donc nécessaire pour dépasser les inquiétudes, les états d’âme et les humeurs de ceux qui divinisent les moyens d’expression d’antan, par une nostalgie compréhensible, tel avant-hier de l’usage de la plume Sergent Major, hier du stylo Big et aujourd’hui des produits de Gutemberg, des "reliques" du monde de demain. Nous ne pouvons refuter la loi de l’évolution. Et d’ailleurs, "les missionnaires du passé" n’ont pas toujours été de bons conseils. Assumons notre "post-alphabétisation" et sachons identifier "les analphabètes" de l’ère nouvelle.
Khalifa Chater